mardi 8 décembre 2009

Saison dépressive

Œuvre de Manon Régent
Je regarde ces hommes marcher au ralenti,
tous la laisse à la main, enchainés à leur chien.
Je me sens étrangère à ce monde asservi,
leurs désirs, leurs prières ne sont pas les miens.

Je déambule dans ces rues de grisaille vêtues,
où des femmes, aux regards ternes, voilent mal leur misère,
où des enfants sans rire, ce matin ne jouent plus,
où la tristesse règne dans les sourires éphémères.

Leurs visages décolorés ont l’air d’être figés,
le ciel semble s’enfuir sous le vent et la pluie.
J’essaie de m’envoler à tire d’ailes déplumées,
mais le temps me rappelle aux promesses de l’ennui.

Voici venu l’hiver dans son manteau de chagrin,
décembre gèle maintenant les joyeux sentiments.
Des gens se battent pour acheter leur sapin,
tandis que d’autres meurent de froid doucement.

Etouffés par la neige, les bruits se sont tus,
seules les cloches sonnent encore une oraison funèbre.
Le chant des oiseaux a lui aussi disparu,
le silence résonne alors jusqu’au morne pessèbre.

vendredi 4 décembre 2009

Marginal

Œuvre de Manon Régent
Il est funambule
et vit dans sa bulle.
Voyageur anarchique au destin chaotique,
titubant sur le fil d’une vie utopique.

Se jouer de la mort
et défier le sort.
Voir la raison comme une folie maladive,
une obscure prison de nos peurs compulsives.

Puis chercher encore
ces frontières d’or,
où le rêve est réel, la norme assassinée,
seul entre ciel et terre, il croit s’en approcher.

Franchir les limites,
frôler le zénith.
Voir chaque seconde comme l’instant ultime
et suspendre l’équilibre au bord des abîmes.

Se laisser aller
et jeter les dés.
Se sentir libre dans un flot d’adrénaline,
quitter à tout jamais cette terre mesquine.

mardi 1 décembre 2009

Fait divers?

J‘ai le regard morose
et la mine abattue,
le corps plein d’ecchymoses,
moi la femme battue.

Je suis toujours passive
chaque fois qu’il me bat,
et je me sens fautive
d’être tombée si bas.

Après chaque raclée,
il revient à genoux,
pour être pardonné,
ses coups il désavoue.

Je sais bien que demain
il recommencera
ce manège sans fin
qui me mène au trépas.

Ce soir à l’hôpital,
je tombe enfin les armes
et mon souffle vital
s’enfuit dans une larme.

vendredi 27 novembre 2009

Lola

Depuis sa naissance Lola rêve de gloire,
d’un destin étoilé que ses sœurs envieraient.
Elle sème l’espoir dans son jardin secret
pour faire de sa vie la plus belle histoire.

Elle est la cadette d’une fratrie nombreuse,
celle que ses parents n’avaient pas désirée.
Ils ne voulaient pas d’une autre bouche affamée
mais malgré la misère, Lola est heureuse.

L’amour est la valeur mère de sa famille
et le respect de chacun celle qui doit suivre.
L’union de leurs efforts leur permet de poursuivre
leur quête de bonheur qui sans cesse vacille.

Elle espère l’avenir comme une romance,
Lola n’est pas bien née, c’est une évidence,
mais elle croit fermement à la providence
et son esprit s’évade dans ses pas de danse.

Elle chante en public pour gagner quelques pièces
avec sa voix d’ange, sur la place de l’église.
A peine elle entame ses complaintes exquises
que les passants s’arrêtent charmés et en liesse.

Sous les applaudissements Lola se délecte
du succès éphémère qu’elle a récolté,
puis elle tend son chapeau et entend tinter
d’une mine réjouie l’argent qu’elle collecte.

Un soir froid de décembre où les gens se font rares,
Lola sans se lasser chante encore et encore,
en réchauffant le cœur de ce lieu qui s’endort,
elle attire sa chance aux sons de sa guitare.

La rencontre, au hasard de cette nuit sans lune,
de cet homme au regard rempli d’admiration,
fait renaitre en Lola toutes ses ambitions,
lui offre la gloire dans sa bonne fortune.

Il lui apprend les secrets des arts de la scène
et fait d’elle l’étoile de son cabaret.
Nul n’imagine aujourd’hui qu’hier elle était
celle qui dans la rue chantait des cantilènes.

mardi 24 novembre 2009

Cauchemar

A l’aube fantomatique un esprit délaissé
danse une valse léthargique aux notes blessées.
Cette symphonie macabre sonne là le glas
de l’agonie d’une nuit qui n’en finissait pas.

Malévole il ondule sur les tombeaux volés
des anges qui ont laissé las leurs sombres pensées.
Il se nourrit de mensonge et de perversité,
s’insinue dans les songes pour voir l’éternité.

Je l’entends, il m’appelle moi l’enfant endormi,
il me terrifie bien plus que le loup sous mon lit.
Dans le royaume des rêves, il vient me chercher
et d’une voix funèbre il m’ordonne de danser.

Marionnette hypnotisée par cette âme amère,
je suis sous son emprise, je ne peux m’en défaire.
Je vois dans son regard une lueur maléfique
et je le sens avide, pervers et famélique.

Il me veut pour hôte, je suis une proie facile
dévorée par l’horreur de son manège subtil.
Comment puis-je échapper à ces griffes qui m’enserrent ?
Quel stratagème utiliser pour fuir cet enfer ?

Soudain dans ma tête étourdie surgit une idée,
contre un vice les armes sont les douces pensées.
Virevoltant encore dans ce bal infernal,
j’ai enfin trouvé l’espoir d’y mettre un point final.

Je m’accroche à la douceur des baisers de ma mère,
à l’odeur de sa peau quand contre elle elle me serre.
Ce bien-être m’envahit, je gagne le combat,
puis m’éveille un peu surpris dans le creux de ses bras.

vendredi 20 novembre 2009

La fleur de l'âge

Comme autant de promesses, de soupirs envolés,
j’ai oublié le nom de cette amie perdue,
sans le vouloir, de ma mémoire l’ai effacé
et n’ai gardé qu’un mirage de nos liens déchus.

Les visages en pêle-mêle s’étalent sur ma vie,
s’emmêlent et s’enlisent dans mon lointain passé.
Ils reviennent parfois, s’en vont sans préavis
sur la route des sourires et des larmes versées.

Le voyage des images que le temps m’a volées
m’inspire un vague naufrage qui ne finit jamais,
et dans la fleur de l’âge au parfum suranné
je nage vers d’autres rivages désormais.

Sur cette terre éphémère je me sais de passage
et j’en parle sans ambages ni le moindre regret.
J’ai sur mon existence un regard plus sage
mais de mon badinage je ne fais plus secret.

Lorsque mon corps en cendres viendra nourrir le vent
et que mon cœur bohème aux anges sera livré,
peu d’entre vous feront hommage à mon âme d’enfant,
mais rien ne pourra faire ombrage à mon éternité.

mardi 17 novembre 2009

Pardon

Je suis venu dans l’ombre
vous offrir mon pardon.
J’avais le cœur bien sombre,
lourd de vos trahisons.

Mais l’amour est plus fort
que toutes les rancunes
et pour vous mon trésor
j’aurai promis la lune.

J’ai compris les raisons
vous poussant à mentir
et d’aucune façon
je pourrai vous haïr.

Je veux vous délivrer
des tourments qui vous rongent
et de votre passé
ne faites plus mensonge.

J’ai pleuré, je l’avoue,
suite à vos confessions
mais je me perds sans vous,
ivre de ma passion.

Je préfère mourir
que de vivre sans vous
et c’est à vos sourires
que les miens se dévouent.

vendredi 13 novembre 2009

Mensonge

J’ai menti, je l’avoue
mon amour pour vous plaire,
je me suis jouée de vous
pour mon charme parfaire.

J’ai votre cœur conquis
en semant le mystère,
j’ai vu en vous l’envie
de croire à mes chimères.

Je vous sais aujourd’hui
esclave de vos pleurs
car vous êtes celui
dont j’ai trahi l’honneur.

Ecoutez ma prière,
je cherchais le bonheur
et n’étais pas très fière
d’un passé lourd d’erreurs.

Seul le trouble perdure
derrière vos paupières,
malgré cette blessure
entendez ma prière.

J’ai brisé cette armure
qui cachait mes secrets,
je vous offre en murmure
mes pleurs et mes regrets.

Pour vous mon âme est nue
et mon cœur aux aguets,
ne soyez plus confus
en mirant mon reflet.

J’ai menti, je l’avoue,
sans vous je suis perdue,
je m’excuse à genoux
de vous avoir déçu.

Calculer mes atouts
et inventer le reste,
au premier rendez-vous,
calculer chaque geste.

J’ai eu peur d’installer
un trouble manifeste,
j’aurai dû mon passé
vous conter sans conteste.

Seul, confus et meurtri,
je sais que vous doutez,
et moi je paie le prix
d’un mensonge éhonté.

Je l’avoue j’ai menti,
veuillez me pardonner,
mais pour vous mon chéri
j’aurai pu même tuer.

mardi 10 novembre 2009

Corps sages

J’aimerai vos corps sages
devenir des démons
et renier ces usages
dont vous faites sermon.

Délacer vos corsages
éveillant vos désirs,
vous faire alors outrage,
votre vertu salir.

Voir naître sur vos lèvres
du plaisir les prémices,
faire monter la fièvre
à l’orée du supplice.

Délivrer vos fantasmes
et veiller que vos vices
s’élèvent dans vos spasmes
sous mon regard complice.

J’aimerai vos corps sages
se courber dans un cri
et voir sur vos visages
le péché de l’envie.

Mais vous restez de glace
à ma douce prière
et mon rêve s’efface
en vous voyant si fières.

vendredi 6 novembre 2009

O douce nuit

Douce sœur malmenée
par le froid de l’hiver
te sens abandonnée
au cœur de ton enfer.

Tu crois les dés jetés
et ta perte certaine,
Tu ne peux plus rêver
à la chance soudaine.

Blottie dans cette rue
où déferlent les gens,
tu es alors perdue,
ils sont indifférents.

Tu perds ton univers
s’en allant en lambeaux,
et ces hommes pervers
un jour auront ta peau.

Les morsures du vent
achèvent ton espoir.
Tu vois dorénavant
mourir ton dernier soir.

Noël ne t’a pas fait
de cadeau cette année.
Ton destin s’est défait
quand l’aube s’est levée.

mardi 3 novembre 2009

Je t'aime

J’ai dilué mon essence
dans l’encre de tes yeux.
J’ai caché mon enfance
dans nos jeux amoureux.

J’ai noyé ma conscience
au fil de nos ivresses,
découvert l’insouciance
au creux de ta tendresse.

J’ai lutté pour que cessent
mes soupirs malheureux.
J’ai vaincu ma tristesse
dans tes bras valeureux.

J’ai vu dans l’existence
la source du bonheur
jaillir dans une danse
au rythme de ton cœur.

J’aime plus que l’amour
ne saurait l’exprimer
la promesse d’un jour
pour notre éternité.

vendredi 30 octobre 2009

Douce amie

Le temps n’a pas prise sur certains sentiments.
Il ne ternira pas notre belle amitié,
n’effacera jamais nos souvenirs d’enfants
et ne séparera pas nos âmes liées.

Nous avons échangé de multiples secrets,
des promesses que je n’oublierai jamais.
Je te confie encore mes joies et mes peines,
te savoir à mes côtés me rend plus sereine.

Je suis ton amie cela veut dire beaucoup,
un lien s’est précieusement tissé entre nous.
Tu as ta place dans ma famille de cœur,
toi qui m’as si souvent pardonné mes erreurs.

Je veux que tu saches que je suis à l’écoute
de tes tourments, tes larmes, tes peurs et tes doutes.
Je partage avec toi tous mes plus grands bonheurs,
tu m’es essentielle, comme une de mes sœurs.

mardi 27 octobre 2009

Athéna

A peine majeure ses parents l’ont jetée
dans l’enfer de la rue, le froid et les dangers.
Livrée à elle-même du jour au lendemain
il a fallu qu’elle s’arme d’un courage surhumain.

D’une nature sensible, elle a dû s’endurcir
pour devenir hermétique et surmonter les tourments.
Elle a caché son visage sous un masque de cire
pour que personne ne décèle son regard d’enfant.

Elle a voulu comprendre les raisons de son sort
pour pourfendre à jamais son obscure tristesse.
Mais malgré ses recherches, ses multiples efforts,
elle n’a pas découvert la source de sa détresse.

Elle a donc décidé d’effacer ses racines,
d’oublier son nom qui n’avait plus aucun sens.
Elle s’est délivrée ainsi de ses origines,
allégeant de la sorte le poids de ses souffrances.

Son combat quotidien comme une peine perdue,
épuisée à errer dans l’arène des soucis,
elle a pu s’accrocher à une main tendue
qui dans un élan d’empathie lui a sauvé la vie.

Cette femme généreuse lui a offert un toit
et l’affection que sa mère n’a pas su lui donner.
Elle lui a réappris la confiance en soi
pour croire en sa chance et bâtir sa destinée.

Elle l’a poussée à retrouver ses rêves d’antan
quand sa chambre devenait le plus beau des cabarets,
quand elle en était l’étoile qui brille au firmament
et demandait à la lune d’en garder le secret.

Alors elle a recommencé à danser et à chanter,
s’entrainant sans relâche pour montrer son talent.
Comme touchée par la grâce de mille divinités,
elle a conquis le jury par son charme envoûtant.

Cette première audition, sa plus grande victoire,
lui a prouvé le pouvoir de sa rage de vaincre.
Elle a marqué le début d’une ascension vers la gloire,
récompensant l’espoir son moyen de survaincre.

vendredi 23 octobre 2009

Loreleï

Ils t’ont promis la lune,
tu n’as eu que le vent,
t’ont appris la rancune,
les amers sentiments.

Ils te montrent sans cesse
que tu n’es pas des leurs
par ces gestes qui blessent
et trahissent ton cœur.

Tu caches d’un silence,
déguises d’un sourire
ces obscures souffrances
qu’on t’oblige à subir.

Leur torture mentale,
qui te pèse et t’épuise,
est la source de ton mal,
ton respect s’amenuise.

Tu reçois sans mot dire
ces affronts permanents.
Ils te poussent à maudire
chacun de vos instants.

Tu voudrais les fuir
mais par preuve d’amour
tu tentes de séduire
ces habiles vautours.

Tu espères souvent
d’être enfin libérée
de ce ressentiment
dont tu n’as pas la clé.

Cet abcès qui te ronge,
que tu ne peux crever,
grandit dans leurs mensonges
et ton orgueil brisé.

Comment ne pas pleurer
en vivant dans l’attente ?
Ils n’ont pas mérité
ton âme étincelante.

Tu restes ce joyau
qu’ils ne peuvent sertir,
trop loin des idéaux
qu’ils préfèrent brandir.

Loreleï oublies-les,
ne vois que ton bonheur.
Vis ta vie sans regret
dans ses bras enjôleurs.

mardi 20 octobre 2009

A quoi bon?

A quoi bon l’amitié si un jour elle s’envole ?
Pourquoi croire encore à des promesses frivoles ?
Comment ne pas souffrir en se voyant trahie
par ce félon qu’on pensait être notre ami ?

A quoi bon la solitude si elle importune ?
Pourquoi voir l’espoir sous le regard de la lune ?
Comment peut-on vivre seule en restant sereine
lorsque l’on n’a personne à qui livrer ses peines ?

A quoi bon le bonheur s’il ne fait que passer ?
Pourquoi perdre son temps en passant à côté ?
Comment le perçoit-on avant qu’il nous échappe,
avant que la tristesse violemment nous frappe ?

A quoi bon le respect s’il n’est pas un partage ?
Pourquoi dit-on toujours qu’il s’acquiert avec l’âge ?
Comment ne pas répondre à l’agressivité
quand sans l’avoir cherchée on vous l’a destinée ?

A quoi bon ces questions sans voir de solution ?
Pourquoi vouloir atteindre encore la perfection ?
Comment y réfléchir sans se pourrir la vie
et trouver l’équilibre en ayant juste envie ?